Alpine : une marque renait de ses cendres

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Près de 20 ans après la sortie de la dernière A610, Renault annonce la future renaissance de la marque Alpine en partenariat avec Caterham. Ces nouveaux parents adoptifs sauront-ils prendre soin de cet enfant rebelle ?

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Après avoir maladroitement tenté de ressusciter Gordini en en faisant un label strictement cosmétique, Renault s’attaque maintenant à Alpine. Jamais véritablement enterrée par certains aficionados de la marque au sein de l’Entreprise, Alpine a fait l’objet d’incessants projets de retour en grâce depuis 20 ans, pour l’instant toujours avortés. Cette fois-ci, la course semble officiellement (re)lancée.

Alpine est une marque née de la volonté et la passion de Jean Rédélé, à l’époque jeune concessionnaire Renault et pilote automobile. Amoureux des rallyes, il se lance dans l’aventure au rallye de Dieppe 1950. Il prépare et pilote sa 4 CV avec laquelle il remporte des épreuves prestigieuses comme les Mille Miglia, le Tour de France ou Liège/Rome/Liège.
En 1952, il rencontre le styliste italien Giovanni Michelotti qui dessine un premier coupé (Allemano, du nom du carrossier), produit en seulement 3 exemplaires, au volant duquel il remportera 3 victoires dès 1953. Il croise ensuite la route de deux carrossiers, Chappe et Gessalin, spécialisés dans un nouveau matériau léger, le polyester, et collabore ainsi à ce qui sera la première Alpine (le futur coupé A106), réalisée sur la plate-forme de la 4 CV. En 1955, elle est construite chez Chappe et Gessalin, à Brie-Comte-Robert, et montée à Paris dans la concession de son beau-père, Charles Escoffier, rue Forest.
La nouvelle société des automobiles Alpine est alors présente au salon de l’auto. Le coupé A106 sera suivi d’un cabriolet. Les victoires de catégories vont se succéder en compétition et la saga Alpine va pouvoir commencer.


Après l’A108 présentée en 1960, c’est la mythique berlinette, A110, qui sera produite à Dieppe dès 1962. Le partenariat avec Renault permet à Jean Rédélé de distribuer ses voitures dans une centaine de concessions, et de bénéficier aussi des nouvelles motorisations du constructeur (motorisations Gordini 1 100, 1 300, puis 1 600 sur les berlinettes, V8 Gordini sur le proto A 220 du Mans).
En 1970, ce sont 1 270 voitures qui sortent des ateliers et Alpine représente Renault en compétition. En 1973, Renault entre dans le capital. Les Alpine-Renault remportent rallyes sur rallyes.
C’est en 1977 que Jean Rédélé cède la totalité de ses parts à Renault. La berlinette A 110 s’éteint mais l’aventure continuera, tant bien que mal, jusqu’en 1995.

La Régie sait développer et faire prospérer des voitures de masse mais force est de reconnaître qu’elle n’a pas la culture des véhicules de niche. Encore aujourd’hui, le savoir-faire de Renault réside avant tout dans le fonctionnalisme. Renault a d’ailleurs une longue tradition de véhicules utilitaires, de voitures pratiques, habitables et accessibles. La 4L, la R16, l’Espace, la Twingo sont des exemples d’innovations centrés d’abord sur l’usage et la vie à bord.
La véritable signature de marque qui collait parfaitement à l’entreprise était « les voitures à vivre ». Quand Renault a tenté d’être autre chose que ce qu’elle est, cela a toujours échoué, notamment quand la marque a voulu se prétendre « créateur d’automobiles », comme si c’était un haut couturier de l’industrie automobile.

En réalité, Renault est créateur d’autos utiles. Ou créateur d’outils mobiles. A quelques lettres près, les communicants de l’époque ont dévoyé Renault de ses valeurs intrinsèques.
Et si la marque Dacia s’est si bien développée dans le giron de Renault, c’est justement que ses valeurs d’accessibilité et de praticité collaient parfaitement à l’ADN de sa mère adoptive. Au risque d’ailleurs, par un système de vase communicant, de vider la marque-mère de sa propre identité.

Il n’empêche que la passion automobile caractérise beaucoup des dirigeants et collaborateurs de l’entreprise et que le mythe Alpine a de nombreuses fois suscité en interne les projets de résurrection.

Après de nombreuses tentatives avortées, l’espoir vient d’un partenariat avec Caterham, constructeur britannique de voitures de course dirigé par le millionnaire malaisien Tan Sri Tony Fernandes, avec lequel Renault travaille déjà en Formule 1.
Ce joint venture, à 50/50, permettra peut-être à Renault d’enfin réussir dans le développement, sur la durée, d’une marque sportive à part entière. Car au-delà de la mutualisation des coûts et des économies d’échelle rendues possibles par cette collaboration avec Caterham, il faut espérer que le constructeur britannique saura forcer Renault à chasser ses vieux démons. En tout cas, Renault s’est décidé en septembre 2012 à déposer la marque à l’INPI, signe peut-être que cette fois-ci, avec Alpine, c’est du sérieux !

Vidéo de présentation du concept-car Alpine A110-50