Breitling va-t-elle changer d’heure ?

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A l’heure où l’on parle de plus en plus du passage de Breitling dans le giron du groupe Rolex, retour sur l’histoire de la marque pour toujours liée à l’aéronautique.

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Au dernier salon Baselword 2017, le plus important rendez-vous de l’industrie de l’horlogerie et de la bijouterie, les rumeurs bruissaient sur le rachat de Breitling, dernière marque encore indépendante du secteur, par le groupe Rolex, fondée sur le rapprochement technique avec Tudor (marque du groupe Rolex).

L’histoire du suisse Breitling trouve sa genèse outre atlantique, à Philadelphie, en 1876. C’est alors l’Exposition universelle, à l’occasion du centenaire des Etats-Unis. Dans l’un des pavillons, la Waltham Watch Company met à l’honneur le premier procédé de fabrication de montres à la chaîne. Le directeur technique de Longines, en visite sur place, s’inquiète de ces innovations et alerte le vieux continent sur les risques pour la survie de l’horlogerie suisse dans un rapport qui va tomber entre les mains d’un certain Léon Breitling. Ce jeune ingénieur horloger du Jura suisse va se mettre à l’heure américaine en ouvrant son atelier de fabrication de compteurs de précision et de chronographes en 1884, à Saint-Imier. L’époque était aux matériels professionnels (pulsographes pour les médecins, phonotélémètres pour les militaires, chronographes pour les aviateurs qui devaient mesurer leur autonomie en vol). C’est pour les aventuriers du ciel que Léon Breitling concevra ses premiers chronographes.

A sa mort en 1914, son fils Gaston reprendra le flambeau, puis son petit-fils Willy en 1927, avec une succession d’innovations qui seront jugées révolutionnaires : première montre bracelet, poussoir indépendant pour la remise à zéro, invention de la couronne de remontoirs avec deux boutons qui reste la référence actuelle.

Dès 1936, la marque devient fournisseur officiel des pilotes de la Royal Air Force, puis de l’US Air Force en 1942. Le modèle culte, la Navitimer, nait en 1952 ; elle sera même au bras de Scott Carpenter lors de la mission 7 dans l’espace en 1962, dans une version modifiée baptisée Cosmonaute.

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La marque horlogère, qui vit sur ce seul modèle iconique, aura du mal à passer le cap de la révolution du quartz dans le milieu des années 70. A cette période, le Japon va en effet considérablement bousculer le marché, avec des prix fortement abaissés et une technologie fiabilisée grâce à l’électronique désormais maîtrisée. Breitling devra fermer ses ateliers de La Chaux-de-Fonds et ses bureaux de Genève en 1978. Les montres sont bradées et les plans du modèle sont mêmes vendus à l’allemand Sinn qui continue encore aujourd’hui de commercialiser le produit sous le nom Sinn 903. Mais quelques semaines avant de décéder, Willy Breitling vendra en avril 1979 la marque, alors en faillite, à Ernest Schneider qui dirigeait la manufacture suisse Sicura et qui croyait encore au potentiel de la marque.

C’est alors la résurrection de Breitling (lancement de la Chronomat en 1984, inspirée d’un modèle de 1940, qui deviendra un nouveau best seller), qui s’impose peu à peu dans le trio de tête des marques les plus connues et appréciées, avec Rolex et Oméga. Depuis 2003, Breitling est le sponsor de la patrouille Breitling, compagnie de voltige (composée de 7 jets Aero L-39 Albatros) qui se produit une cinquantaine de fois par an. Et depuis 2009, Breitling est même redevenue une vraie manufacture, relançant la production de ses propres mouvements. Car depuis 30 ans, la marque se fournissait en mouvement chez ETA, filiale du groupe Swatch.

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Breitling reste le seul gros indépendant monomarque dans l’horlogerie haut de gamme. Même si son image est aujourd’hui clairement installée sur un savoir-faire en matière de chronographe lié à l’aviation et que son actionnaire unique, Ernest Schneider, semble davantage soucieux de la pérennité que de la rentabilité à court terme, il n’empêche que les rumeurs de cession se font de plus en plus pressantes. Les lancements récents d’un chronographe Tudor (maison Rolex) équipé d’un mouvement Breitling, et d’une nouvelle montre de plongée Breitling équipée d’un mouvement Tudor, alors que les deux entreprises sont a priori ennemies, laissent en tout cas entrevoir une collaboration serrée.

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Il faut dire aussi que la marque Breitling connaît encore quelques difficultés, alors que la marque Tudor est en plein développement en ce moment. On peut penser étrange que Rolex laisse ainsi partir un partie de son savoir faire vers une maison horlogère étrangère. Le mouvement badgé MT de Tudor qui équipe les trois aiguilles est en effet assez proche dans la technicité des mouvements Rolex puisque développé par les mêmes équipes.

D’un autre côté, on peut arguer aussi que Rolex veut clairement montrer la différence avec Breitling en l’associant avec sa marque « accessible ».

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Mouvement Breitling rebadgé Tudor

Le partenariat semble de toute façon destiné à durer. Dans les deux cas, les mouvements sont en effet très peu modifiés. Tudor ajoute un spiral silicium (technologie développée par Rolex) dans le mouvement chronographe. De son côté Breitling annonce tout juste des finitions exclusives sur le mouvement Tudor avant de le placer dans ses montres. Cela nécessitera donc une bonne entente entre les marques pour fournir des pièces détachées, et ce durant de longues années encore pour assurer un SAV digne de ce nom et en corrélation avec ce que l’on doit attendre de marques aussi prestigieuses.

Quoiqu’il en soit, la légende Breitling continue, car derrière les heures, il y a une vie, une histoire. « Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats » (Marcel Proust – Le temps retrouvé).